lundi 3 novembre 2014

Otherness

 
Une expérience de fin d'illusion du moi.

"Plus d'ambition, plus de projet personnel, juste l'abandon, plus de moi qui agit ou fait de lui-même.
Je ne suis que Vie. Tout est parfait, mais il n'y a pas de perfection. Je suis, est tout ce qui est ; je suis le mouvement calme de l'Être, de l'Univers, de la Nature.
Tout se fait, à son rythme, et je suis cela. Les intentions et pensées qui me traversent sont celles de la Nature, de l'être, et je suis cela.
Pas d'observateur, pas de Soi, pas d'éveil, pas de plénitude pour moi, pas d'expérience personnelle (« je » ne suis pas en train d'expérimenter, « je » n'est pas là), pas d'ambition, pas de problèmes, pas de moi. Juste l'absorption de l'individu dans le flux de la Vie. Juste le flux universel. Pas d'espace de paix ou d'amour en particulier. La félicité, oui, mais pas la félicité d'une personne en train de la vivre ou qui y accède.

Rien à guérir, car rien n'est négatif ou entravé. Toute la misère de l'Humanité est juste le processus naturel, le déploiement préétabli. Pas de bien, pas de mal, pas de morale, pas de recherche d'harmonie. Pas de conscience heureuse qui regarde le flux des choses à distance ; aucune séparation. Pas de souffrance observée, pas d'émotion. Je suis la souffrance, l'émotion et la pensée. Je suis le trouble du monde, l'ignominie et l'extase. Je suis le mystère de la souffrance et de la paix. Tout est juste, tout est parfait dans ses absurdités et injustices. C'est terrible ! Je ne réponds plus de rien et tout me dépasse ; laisser tout faire, tout se faire. L'amour qui est là n'est pas compassion car il n'y a rien de mal ! (Je ne pourrais pas expliquer rationnellement ce que je rapporte là, c'est juste ce qui a été vécu tel quel).
Juste aimer tout ce qui est, telle est la clé, sans aucun jugement ni opposition, ni guerre, ni explication, ni revendication. C'est une telle « acceptation » (involontaire), une telle confiance (foi inexprimable, sans cause et non préméditée) en la Vie, en soi-même, en ce qui est-même.
Aimer, sans aucune intention de guérir quoi que ce soit, ni aimer pour quoi que ce soit, juste être l'amour ; car l'amour est ce qui est (et cela reste un grand mystère, même si je l'appelle comme ça). Sans même se dire qu'on est l'amour ou qu'on est en train d'aimer. Aucune séparation, aucun moi.
Une patience infinie, et en fait aucune patience car rien n'est attendu. Quelle innocence, quelle pureté, quel mystère.
Je ne peux absolument pas faire ou reproduire cela par moi-même ou de quelque façon que ce soit. C'est venu, c'est parti et j'en suis chamboulé (car un grand pan de ma structure vient juste de s'effondrer...). Tout se mélange, tout semble faux et parfait à la fois...
Aucun sentiment distinct ou exprimable dans le moment. Aucun état identifiable ou définissable.
Ne rien forcer, tout se fait, ne rien attendre, tout arrive, tout est en cours, tout le temps, depuis toujours. Tout est bien, mais pas bien par rapport à un mal ; la bonté est simplement là, et l'intelligence évolutive de la création est juste incompréhensible de notre point de vue. Ça s'occupe de tout, mais on ne sait pas vraiment ni pourquoi ni comment, mais c'est bon. De ce point de vue, ce qui est n'est ni bien ni mal, en même temps, il y a une évolution inexprimable vers l' « incarnation du divin », du « mieux », même si ce « mieux » sera toujours composé de « problèmes et de solutions » ou « de bien et de mal » du point de vue classique.
On ne sort pas du jeu de la dualité, à part dans la sortie du jugement, c'est-à-dire des représentations, ou toute mentalité culturelle. On y est complètement, sans aucune réserve ni compromis ; un "oui" absolu. C'est comme ça, un peu comme une conscience animale ou végétale. Pas de grand ou de petit, pas de mieux ou de moins bien, juste l'instinct qui guide, l'intention profonde du Vivant en nous, que nous sommes, qui nous traverse et nous agit. Pas de préméditation, pas de spiritualité, pas de chemin, pas de soi, de moi ou de conscience pure. Dans cette « conscience », tout enseignement est faux, dans le sens d'illusoire ou d'inutile, car on ne peut pas apprendre à être ce que l'on est déjà dans le fond ; on ne peut qu'être transmetteur de ce qui nous anime, tel que nous sommes, libres depuis le début. Aucune névrose, aucune guérison, aucune prison, aucune libération. Toute vision parallèle du monde et des choses a disparu, juste ce qui est, aucune autre dimension, aucun monde meilleur. Aucune mort, aucune naissance, juste le processus, le continuum, sans début ni fin. Aucune conception de ce qui est, et, une indescriptible et incommensurable merveille."



Commentaires

Bien qu'il ait été clairement réalisé qu'il n'y a « personne », et que le « moi » est une illusion, un rêve, le corps et toutes les manifestations ne sont pas séparés de ce "personne". Tout est senti comme Cela, Dieu, sacré et complet. Aucune partie n'est toisée par une autre, devant une autre ou supérieure à une autre. Ce « personne » n'est pas la conscience pure, mais tout ce qui est, sans fragmentation, sans distinction corps/esprit ou conscience/matière.
Bien que j'utilise le « je », dans cette tentative de description inexorablement limitée de l' « expérience », ce « je » n'est pas Sébastien en train d'expérimenter, mais « ce qui est » en train d'exister de cette façon-là ; « ce qui est » en train de se redécouvrir lui-même.
Les différentes façons d'exister du Vivant, ne sont pas jugées ou hiérarchisées ; à chaque fois c'est juste le Vivant qui se forme d'une certaine façon. Dans cet « otherness », il n'y a pas de personnes éveillées ou non-éveillées, juste le Vivant qui s'expérimente de différentes façons. Donc du point de vue relatif, l'éveillé n'est en rien « supérieur » au non-éveillé ; et du point du vue absolu, l'éveil n'existe tout simplement pas, pas plus qu'une personne éveillée.
Cet « éveil » n'a rien de spirituel, c'est juste la fin de l'illusion d'un moi, la fin d'un rêve. Le moi est comme un rêve dans un rêve, un rêve personnel dans le « rêve de Dieu ou de l'Univers ».
Ces rêves ne sont ni importants ni futiles, ils ne sont pas des illusions en tant que quelque chose de faux, de mauvais ou qui n'aurait pas de valeur. Par conséquent se prendre sérieusement pour quelqu'un n'a rien d'une « faute » ou d'une « erreur », ce serait plutôt la Vie qui expérimente cette façon possible d'exister pendant un certain temps.

Le moi est revenu, et je suis de nouveau « quelqu'un », néanmoins la « racine » de cette construction psychologique (le moi) a été dissoute. Donc, bien qu'étant moi en apparence et en fonctionnement, je sais à présent (de source sûre et au travers d'une expérience de première main), que je ne suis pas moi, mais en fait le mystère du Vivant en train de se déployer d'une façon singulière et universelle. Grande détente, et grande confusion en découle. Ça n'est pas qu'un « bon cadeau » de la vie, ça met bien le bazar aussi ; on n'a rien à y gagner. En tout cas ce n'est pas ce qu'on imagine, et bien au-delà de tout ce que l'on peut en dire.
L'aventure continue...